Pour les habitués du site internet de France/Estonie et des “Actualités estoniennes”, Narva n’est pas une inconnue. La ville fait en effet régulièrement la une de l’actualité en Estonie, mais également dans le reste de l’Europe.

Ville frontière, point de passage entre l’Estonie (et donc l’Union Européenne) et la Russie, Narva attire particulièrement les regards depuis le début de la guerre d’agression russe en Ukraine.

Sa population, russophone à 95 %, constitue également un cas particulier par rapport aux autres grandes villes estoniennes.

Le rapport à la Russie, et à la langue russe, apparaît souvent de façon plus ou moins évidente lors de la visite de Narva. Cela fait partie des spécificités de cette ville, mais il ne faut surtout pas la limiter à cela.

Tout d’abord, quelques points concernant l’organisation de votre séjour.

Si vous souhaitez passer plusieurs jours sur place, il existe différentes façons de poser vos valises à Narva : plusieurs hôtels sont à votre disposition près des principaux sites touristiques, et l’offre d’appartements à louer (les « meublés de tourisme ») est assez importante, pour des prix vraiment tenus. J’ai opté pour cette deuxième solution, qui s’est avérée tout à fait satisfaisante.

Pour se rendre à Narva, depuis n’importe quelle autre ville estonienne, rien de plus facile : il vous suffira de réserver vos places dans un des nombreux bus qui sillonnent le pays. Ils sont très confortables, et les routes estoniennes sont pour la plupart droites et larges. Vous pourrez profiter tranquillement du paysage.

Une fois arrivé, la majorité des passagers vient s’ajouter à la file d’attente pour le passage du poste-frontière. L’occasion de s’apercevoir que le bus contenait peu de « touristes ».

Cela a toutefois ses avantages, comme j’ai pu m’en rendre compte au fil de mon séjour : les touristes étant peu nombreux, la visite de la ville peut se faire à son propre rythme et sans réservation préalable, à quelques exceptions près que je vous signalerai dans cet article.

Je vous conseille de vous équiper de bonnes chaussures car il est tout à fait possible d’aller d’un site à l’autre en marchant, et cela vous permettra certainement de faire des découvertes intéressantes au détour d’une rue.

Le musée de Narva

La destination la plus connue, et qui mérite en effet une visite, est le musée/forteresse. Son élément central est la Tour Hermann (Hermanni linnus), qui fait partie des bâtiments caractéristiques de la ville.

 

Le musée regroupe de nombreuses expositions et offre depuis son sommet une vue panoramique sur la ville.

La première exposition dans le sens de la visite est “Une ville inoubliable” (Linn, mis ei unune). Elle rassemble des vestiges de la vielle ville, qui fut rasée par des bombardements de l’armée soviétique en 1944. 

 

De la vieille ville de Narva, comparable par son ancienneté et sa beauté à celle de Tallinn, il ne reste en effet que quelques objets, assez émouvants tant ils dressent un tableau très différent de la ville actuelle. (Vous ne les verrez pas ici pour ne pas dénaturer votre future visite!)

Cette nostalgie de ce que la ville a été, ou de ce qu’elle pourrait être, transparaît souvent en filigrane dans les lieux visités :

 

Les expositions suivantes présentent l’histoire de la forteresse : sa construction par les Danois au XIIIe siècle, puis son développement par les conquérants successifs : l’Ordre Teutonique, les Suédois, et les Russes.

Le tout est présenté de façon très classique, et les expositions sont parfois à mon sens un peu perdues dans la grandeur des lieux.

Au fur et à mesure de l’ascension, les points de vue deviennent de plus en plus intéressants, sur les alentours ou sur la forteresse de Narva elle-même.

 

La vue depuis le haut de la Tour Hermann est impressionnante, à tel point que, tout à mon vertige, je n’ai pas eu la présence d’esprit de prendre de photo. A vous de voir donc!

Sur les murailles de la forteresse, en direction de la forteresse russe d’Ivangorod située de l’autre côté de la rivière sont suspendus les drapeaux de l’Estonie, de l’Union Européenne, de la ville de Narva et de l’Ukraine. Ces deux derniers drapeaux sont, ironie de l’histoire, très similaires.

 

Les bastions

À quelques encablures de la forteresse, vous pourrez visiter les bastions.

Il s’agit d’un ensemble de fortifications et de tunnels construits par les Suédois au XVIIe siècle, à l’époque où Narva marquait la frontière entre la Suède et la Russie.

Lors de mon séjour, j’ai visité le Bastion Victoria, mais il en existe d’autres.

Selon les horaires, vous pourrez profiter d’une visite guidée (en estonien ou en anglais), ou faire le choix de visiter ces fortifications par vos propres moyens, muni d’un audioguide. Lorsque vous vous engagerez dans la descente vers les tunnels, la grille d’entrée sera refermée derrière vous, ce qui ajoute à l’ambiance particulière du lieu, où on cherche, un petit peu, à se faire peur.

 

Le centre-ville

Une fois sorti des bastions, vous pourrez librement vous lancer vers le centre-ville. 

Cependant, après avoir marché quelque temps, il faudra se rendre à l’évidence : il n’y a pas vraiment de centre-ville. 

En effet, après la destruction du centre-ville historique en 1944 et l’occupation soviétique, les nouveaux quartiers ont été bâtis selon les règles de l’urbanisme soviétique : les immeubles de 4 ou 5 étages standardisés (les “Khrouchtchevkas”) sont devenus la norme et le plan de la ville a été conçu selon des voies plutôt rectilignes. Les immeubles sont cependant espacés et pourvus d’espaces verts plutôt généreux.

La place de l’hôtel de ville (Raekoja plats), un des rares bâtiments ayant survécu aux bombardements, peine à trouver sa place au sein de tous ces ensembles d’habitation.

 

 Mais il faut rester patient car la déambulation dans la ville permet tout de même de faire de jolies découvertes.

 

D’autres rendent plus perplexes : tel cet immeuble / château d’eau (Narva veetorn – elamu) qui est un formidable point de repère lorsqu’on se promène en ville (C’est paradoxalement le bâtiment dont j’ai pris le plus de photos !)

 

L’église Alexandre

Sur le chemin vers la manufacture Kreenholm (dont nous allons parler juste après), je vous conseille de prendre le temps de visiter l’église Saint-Alexandre (Aleksandri kirik).

Construite à la fin du XIXe siècle pour l’usage des travailleurs de la manufacture, elle a également largement souffert lors des bombardements de 1944 (destruction de sa flèche, reconstruite en 2008) et fut désaffectée lors de l’occupation soviétique.

Suite à l’indépendance de l’Estonie, elle a été restituée à la communauté Luthérienne et demeure toujours aujourd’hui la plus grande église d’Estonie, par sa capacité. 

Elle abrite des expositions qui retracent son histoire et celle de la région, mais le clou de la visite reste son imposante nef.

 

En dehors des cérémonies religieuses, l’accès à la nef est payant. On peut le regretter, mais c’est un moyen de trouver des fonds pour compléter sa restauration. En vous présentant à l’ouverture le matin, vous aurez certainement l’opportunité de la visiter seul, ce qui rend il est vrai le moment assez poignant.

 

La manufacture de Kreenholm 

La manufacture de Kreenholm (Kreenholmi Manufaktuur) est un ancien site industriel très impressionnant, dont la visite ne peut se faire qu’en groupe et accompagné d’un guide (les visites peuvent se faire en estonien, en anglais ou en russe).

Il s’agit d’une des plus grandes usines textiles de l’histoire européenne, qui a opéré du milieu du XIXe siècle à 2010.

Il s’agit d’une véritable ville dans la ville, un site de production, mais qui comportait également des logements, des écoles, des églises.. en fait une communauté presque autonome. 

La visite d’une heure trente permet de parcourir une grande partie du site et est très intéressante. Nous étions tous dans le groupe dans lequel je me trouvais impressionnés par le gigantisme du site, il est difficile d’imaginer que jusqu’à 10 000 ouvriers y travaillaient.

L’histoire du site est riche, mais aussi terrible, notamment du fait des conditions de travail qui étaient extrêmement difficiles, comme malheureusement bien souvent dans l’Europe en voie d’industrialisation de la deuxième moitié du XIXe siècle.

 

 

 

Cette visite fait partie des moments forts du séjour : à ne pas rater.

Les canaux

En continuant votre chemin après la manufacture de Kreenholm, vous pourrez vous diriger vers les canaux, qui sont à la sortie sud de la ville, irrigués par la retenue d’eau.

Les rives de ces canaux sont hérissées de petits garages à bateaux. C’est une zone de détente, de pèche, qui donne un autre éclairage sur le mode de vie à Narva.

La meilleure façon de les visiter est certainement en kayak, mais il faut prévoir de réserver plusieurs jours à l’avance (ce que je n’ai pas fait).

 

 

La promenade

En revenant vers le milieu de la ville, une bonne option est de suivre la promenade le long de la rivière. On pourra ainsi profiter de ce vaste espace vert en bord de rivière où les bâtiments se font un peu plus distants. Elle offre également de beaux points de vue sur les lieux précédemment visités. 

Au bout de cette promenade, un restaurant avec un belle terrasse vous permettra de refaire le plein d’énergie.

 

 

Il ne s’agit là que d’un aperçu de ce qu’il est possible de faire à Narva, il y a bien sûr beaucoup d’autres choses à faire et à découvrir. Il peut être intéressant notamment de venir lors d’un des festivals organisés dans la ville (Station Narva, Narva päevad…).

À vous de jouer!